Uncategorized

Le secteur de la vanille au plus mal à Madagascar ?

Le secteur de la vanille au plus mal à Madagascar ?

Au cœur des enjeux économiques à Madagascar, la vanille s’est hissée au rang de l’épice la plus coûteuse au monde après le safran. Avec plus de 80 % de la production mondiale provenant de ce pays, la vanille constitue un pilier crucial de son économie. Majoritairement cultivée dans la région SAVA, au nord-est du territoire, cette orchidée, devenue l’or noir du pays, est à l’origine des moyens de subsistance pour une population estimée entre 80 000 et 100 000 cultivateurs. Malgré cette image d’eldorado, la filière vanille à Madagascar fait face à une série de difficultés persistantes. La corruption, la flambée des prix, la détérioration de la qualité, l’insécurité, les risques naturels et la concurrence de la vanille synthétique menacent la stabilité de cette industrie.

Une mesure prise mais à quel prix ?

Malgré les efforts déployés pour maintenir la stabilité du marché de la vanille, Madagascar a été confronté à un scénario inattendu. La mise en place d’un prix minimum de 250 dollars/kg (228 euros/kg) au cours des trois dernières années avait été conçue pour éviter un effondrement brutal du marché. Cependant, cette stratégie s’est avérée inefficace, entraînant une impasse préoccupante. Les répercussions de cette impasse se sont fait ressentir dans la région de Sava, localisée dans le nord-est de l’île, où les cultivateurs voient maintenant s’accumuler des centaines de tonnes de vanille invendue dans leurs champs et entrepôts.

Face à cette situation délicate, Andry Rajoelina a annoncé, le jeudi 13 avril 2023, la décision de “libéraliser” les exportations de vanille. Cette mesure, réclamée par les principaux acteurs de l’industrie, vise à calmer les tensions croissantes dans la région, comme l’a rapporté ce site. Cette initiative représente une tentative pour rétablir l’équilibre dans le secteur de la vanille malgache, confronté à des défis inattendus malgré une planification minutieuse.

La réalité actuelle au pays

La décision récente de Madagascar de permettre la libre exportation de vanille a soulevé des préoccupations quant aux conséquences économiques potentiellement néfastes. Les mesures envisagées pour éviter une débâcle du marché et une chute incontrôlée des prix restent floues, laissant planer une incertitude préoccupante. Des discussions tendues avec des représentants américains et européens, principaux importateurs du pays, ont exacerbé les tensions. Malgré leur position de force, le gouvernement a résisté à leurs ultimatums, ce qui a débouché sur la convocation d’une réunion au palais d’Ambohitsorohitra, rassemblant toutes les parties concernées sous l’autorité du chef de l’État.

À l’approche des élections présidentielles prévues pour ce mois de novembre, l’impact de cette crise dépasse largement la région de Sava, qui n’avait pas soutenu Andry Rajoelina en 2018. La politique de régulation des prix mise en place au début de la pandémie de 2019 a plongé la région la plus prospère du pays dans la crise et a aggravé les déséquilibres financiers et monétaires de l’économie malgache, épuisant l’une de ses principales sources de devises étrangères.

Le « ariary » en perpétuelle dévaluation

En dépit de sa position dominante sur le marché mondial de la vanille, Madagascar fait face à une situation budgétaire préoccupante. La dévaluation inquiétante de l’ariary par rapport au dollar a engendré une hausse conséquente des prix des produits importés, en particulier les produits de première nécessité comme le riz, une denrée essentielle que le gouvernement subventionne pour apaiser la crise sociale. Cette évolution s’inscrit dans un contexte où les recettes d’exportation, largement tributaires du secteur de la vanille, représentent un quart des revenus de l’État.

En mars, les experts du Fonds monétaire international (FMI) ont émis des inquiétudes quant à la récente réforme du secteur de la vanille, laquelle a considérablement restreint les rentrées de devises. Ils recommandent ainsi une révision de cette réforme pour éviter des conséquences économiques plus graves. La situation souligne la nécessité pour Madagascar de diversifier son économie et de mettre en place des politiques plus résilientes face aux fluctuations du marché mondial.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *